Jorge Luis Borges, L'homme-univers de Buenos Aires

Jorge Luis Borges

L’homme-univers de Buenos Aires.

Auteur : Odile Felgine








Odile Felgine présente l’œuvre et la vie de Borges avec beaucoup de simplicité et de beauté. Cette biographie se lit comme un roman. On suit de manière chronologique la vie de l’écrivain, de son enfance à Buenos Aires (où il passera la majeure partie de sa vie) jusqu’à ses voyages au Japon et aux Etats-Unis avec Maria Kodama. 

Durant son enfance, Borges apparaît comme un petit garçon un peu dandy, qu’on surnomme Georgie et qui vit avec sa mère et sa sœur dans un quartier mal famé de Buenos Aires. Son père est souvent absent et Georgie grandit dans un milieu très féminin. Il ne va pas à l’école publique car sa famille craint les mauvaises fréquentations, et il a donc une institutrice particulière. 

Enfant, Borges se passionne pour la lecture. Avec sa sœur Norah, ils ont une vive imagination, et ils transposent dans leurs jeux leurs souvenirs de lecture.

Georgie est aussi vivement marqué par les sorties au jardin zoologique et en particulier par les tigres qu’il se met à dessiner en rentrant. Le motif du tigre l’accompagnera dans sa poésie, et donnera son nom à l’un de ses recueils (L’or des tigres) et à certains poèmes tel que "L’autre tigre". Le pelage du félin sera pour lui comme une écriture énigmatique à déchiffrer et qui contient la réponse au mystère de l’existence.

Odile Felgine explique également comment, à partir des années 1930, la littérature de Borges s’est peu à peu développée en Argentine puis en France et en Europe par l’intermédiaire de Roger Caillois. Borges apparaît comme un homme passionné qui consacre toute sa vie à la littérature. Elle décrit sa vie d’assistant bibliothécaire dans une petite ville de banlieue où ses collègues ignorent tout de ses dons littéraires.

Elle présente l’effervescence littéraire autour de la revue « Sur » créée par Victoria Ocampo qui restera une amie et collaboratrice proche de Borges toute sa vie. 

Le contexte politique de l’Argentine est précisément exposé, ainsi que ses relations difficiles avec les femmes, son amour non réciproque pour Estela Canto.

Borges était très timide, à tel point qu’il faisait lire ses conférences par ses amis, du moins jusqu’à une certaine date. On apprend que ses problèmes ophtalmiques s’aggravent tout au long de sa vie, que la mémoire redouble ainsi d’importance : il mémorise ses discours et les extraits littéraires qui l’ont fasciné.

Borges a été très intéressé par l’idéalisme de Berkeley et de Schopenhauer (Le monde comme volonté et comme représentation) et l’idée que le monde n’est qu’une activité de l’esprit, un « rêve des âmes ».

« Le temps est un fleuve qui m’entraîne mais je suis le fleuve, c’est un tigre qui me déchire mais je suis le tigre ; c’est un feu qui me consume mais je suis le feu » (p.233)

Une biographie passionnante, à lire sans hésiter.


Jorge Luis Borges - L'homme-univers de Buenos Aires, Odile Felgine, Plon, mai 2025.


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