Avec les grands livres - Emmanuel Godo

 






Voici un très beau livre pour tous les amoureux de littérature ! A la lecture de cet essai sur l’actualité des classiques, j’ai repensé à cette phrase de Julien Gracq dans En lisant, en écrivant (1980) :


« Ce que je souhaite d’un critique littéraire et il ne me le donne qu’assez rarement, c’est qu’il me dise à propos d’un livre, mieux que je ne pourrais le faire moi-même, d’où vient que la lecture m’en dispense un plaisir qui ne se prête à aucune substitution ».


On peut appliquer cette réflexion à la littérature dans son ensemble. Emmanuel Godo ne cesse en effet de nous expliquer tout au long de cet ouvrage pourquoi nous sommes irrémédiablement attirés vers les chefs-d’œuvre, vers ces grands textes qui traversent les âges et qui nous nourrissent mieux que n’importe quel autre texte. On comprend mieux à la lecture de ce livre pourquoi nous aimons tant la littérature. Ce lieu, qui est l’inverse du divertissement, ce lieu qui est un royaume qui nous donne envie de vivre à la bonne hauteur.


« Les classiques sont des textes qui nous aident à mieux voir et à mieux vivre en nous ». (p63)


Les grands textes nous ancrent dans le présent parce qu’ils n’ont pas peur du passé.

Aucune civilisation n’évolue sereinement en faisant table rase du passé.


« Absurdité d’un présent parlant de lui, rien que de lui avec sa langue de présent déraciné. Sans plus se confronter à ce que les siècles précédents ont su produire de meilleur, de plus épineux, de plus ardent. Se contentant, en fait d’art et de pensée, du miroir qu’elle se tend à elle-même ». (p.59)


L’auteur nous met cependant en garde : cela ne veut pas dire que le livre soit écrit à l’encre de la nostalgie et de la mélancolie.


Emmanuel Godo nous rappelle ce qu’André Malraux disait de l’art. Les grands livres peuvent « donner conscience aux hommes de la grandeur qu’ils ignorent en eux » .


Les humains ne sont pas des fétus de paille destinés à s’envoler avec le vent, mais des âmes qui ont le devoir moral de donner une authenticité à leur séjour ici-bas, de vivre dignement leur vie. Ne pas être les « avachis du canapé » les consommateurs irréfléchis qui perdent leur temps, ce temps si précieux qui est pourtant la consistance même de leur vie.

Plus salutaire encore, Emmanuel Godo ose dire qu’il n’est pas ridicule de vouloir vivre la vie avec un idéal.


« La grande littérature demeure comme un contrepoint et un refuge. On vient y chercher une réserve d’idéal, de vie intense, d’absoluité » (p.110)


Je conseille ce livre sans la moindre réserve. Une telle lecture est (comme celle des chefs d’œuvre) revigorante, revivifiante et l’on ferme le livre avec l’envie d’en ouvrir d’autres pour vivre à la bonne mesure, à la hauteur de nos rêves de beauté, de bonté, d’humanité digne de ce nom.







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